Dimanche 18 mai 2008
Pierre GRENIER, peintre de l'utopie



EXPOSITION DU 23 MAI  AU 7 JUIN


   Il y a des artistes qui semblent sortir d'un autre siècle, d'une autre époque, des artistes sur lesquels la modernité proclamée de ce début de 21em siècle semble n'avoir pas de prise.
Pierre Grenier est de ceux-là. Il poursuit inlassablement un travail commencé dès l'âge de huit ans, loin du vacarme des avant-gardes, loin du tumulte d'une mondialisation névrotique et déshumanisée.
Son regard sur le monde est cependant lucide et sans concession. Il nous propose une vision non pas onirique de la réalité mais une utopie vigilante et consciente d'elle-même, de ses merveilles comme de ses impasses, un monde enfin tel qu'il pourrait être.


Olipo : Pierre Grenier, tu as commencé à peindre très tôt, vers l'âge de huit ans m'as-tu dis. Que peignais-tu à cette époque ?

Pierre Grenier : J'ai commencé par faire des gouaches. Je peignais des paysages, des natures mortes.
A dix ans, je suis passé à l'huile ; Je peignais des tableaux dans un style impressionniste. L'impressionnisme était pour moi toute la peinture. Ce n'est que plus tard, vers 14 ans, que j'ai découvert l'univers des surréalistes et de l'art contemporain en général. J'ai également beaucoup étudié et copié les maîtres anciens, comme Latour par exemple. D'une manière générale, je suis assez friand des cinq siècles qui précèdent le nôtre !

O : Oui, c'est évident ! Que réponds-tu quand on te qualifie de « peintre pompier » ?

PG : C'est une erreur. Les « Pompiers » peignaient essentiellement des scènes historiques et mythologiques, parfois orientalistes, mais ma démarche n'a rien à voir avec ça, même si la technique que j'utilise s'en rapproche.
Je fais ce que j'ai nommé de la peinture métaphysionirique.
J'ai créé ce terme pour désigner l'état transitoire entre le rêve et le rationnel, état qui permet d'accéder à une réalité moins illusoire, ou en tout cas de lui donner un sens plus profond.

O : C'est assez proche de la démarche surréaliste, non ?

PG : Oui, sauf que ma peinture est une peinture à thème. Je n'utilise pas les méthodes surréalistes pour créer mes tableaux. Il y a une réflexion au départ, je ne me sers ni du hasard, ni des association d'idées, encore moins de la méthode paranoïaque critique chère à Dali. Je rêve mes tableaux, plus simplement. J'ai une image en tête et j'essaie de la reproduire le plus fidèlement possible. C'est parfois long. Il m'arrive de laisser tomber un tableau pendant plus de deux ans, puis de le reprendre quand je sens qu'il est « mûr ».
Mais il y a des thèmes récurrents, comme le pantin ou le puzzle, sur lesquels je travaille depuis des années et aux quels je tiens.

O : Que représente l'idée du puzzle ?

PG : Pour moi, c'est le symbole du mouvement perpétuel. Les éléments du puzzle sont les constituants de l'image et on peut les assembler à l'infini pour obtenir d'autres images, cette idée m'a toujours fasciné. C'est aussi évoquer la nature fugace des choses, leur aspect superficiel et finalement permutable.
Quant aux mannequins, il s'agit de la métaphore de l'homme manipulé, de l'illusion de sa liberté.

O : Ta peinture est une peinture savante. Au premier abord, on croit avoir affaire à des thèmes classiques ou mythologiques, puis on s'aperçoit que les détails clochent !

PG : Oui, il faut « rentrer » dans le tableau. Les choses ne sont pas ce qu'elles paraissent être, les anachronismes abondent, les angelots sont des baigneurs en plastique, les personnages des pantins de bois et le ciel s'effrite en pièces de puzzle.
Mais je le répète, c'est pour donner au réel son sens le plus profond.

O : Il y a souvent aussi un cadre dans le cadre : certains détails sont souligné par un rectangle qui les isole du reste du tableau, quelle en est la signification ?

PG: Il s'agit en effet de petits rectangles, souvent en noir et blanc, positionnés suivant la règle du nombre d'or. Ils sont là pour focaliser l'attention du spectateur, ils entrent aussi comme éléments de la composition, ils l'équilibrent.

O : Tu présentes aussi des compositions nouvelles, des illusions d'optiques dans lesquelles tu fais jaillir la troisième dimension !
Est-ce un simple jeu visuel ou cherches-tu à nous faire percevoir autre chose ?

PG: Je cherche toujours à voir ou à deviner autre chose dans une image que sa simple apparence. C'est une manière de creuser d'avantage le sujet, et la preuve aussi que le cerveau est un outil étonnant! Mais il s'agit là d'expérimentation pour l'instant; je compte ensuite insérer ces images invisibles dans de futures compositions...


O : Pourquoi être fidèle à ce point au réalisme ?

PG : Dans un tableau abstrait, le spectateur éprouve les émotions qu'il veut, ça ne change rien à sa vie, ni a sa vision des choses. Le fait de représenter des éléments matériels implique d'avantage le peintre et le spectateur. Pour le peintre, c'est une façon de se dévoiler, c'est même une mise à nu psychique puisqu'il montre ce qu'il a à l'intérieur de la tête si je puis dire. Ce qu'on peint n'est jamais innocent. Pour le spectateur, cela impose une réflexion supplémentaire, au-delà de tout critère esthétique. On a un peu oublié qu'un tableau ne s'envisage pas seulement pour lui-même mais aussi pour l'effet qu'il procure sur les gens, et dans ce domaine le réalisme restera toujours gagnant. Le réalisme permet cet échange, même si pour cela le peintre doit parfois faire preuve d'une certaine impudicité spirituelle. On ne peut toucher les gens qu'en se dévoilant.
Quant à l'aspect « léché » de mes toiles, il est du au fait que je suis un perpétuel insatisfait et que j'ai le goût du détail exact

O : L'échange est-il aussi fructueux que tu le souhaiterais ?

PG : Hélas non ! L'époque n'est guère à la réflexion mais plutôt à l'action, et à l'action brutale souvent. Je pense que l'humanité poursuit son lent déclin, sa longue décadence entamée il y a bientôt un siècle. Le XXème siècle a sûrement été la période la plus sombre de toute l'histoire et le XXIème ne s'annonce guère meilleur, voire pire. Je ne vois pas comment on va pouvoir s'en sortir au rythme où vont les choses. Le courant du golf-stream a déjà commencé à ralentir, la pollution est omniprésente et irréversible, et on nous parle d'augmenter la croissance mondiale pour soutenir l'économie... Nous sommes au début d'une crise écologique majeure mais on fait comme si de rien n'était.

O : Les artistes peuvent jouer un rôle pour enrayer le mouvement, ou du moins réveiller les consciences, non ?

PG : C'est un peu tard. En période de crise, on observe un certain retranchement de la part des acteurs culturels, on laisse la parole aux politiques qui n'ont rien à dire depuis longtemps mais on les écoute quand même, ça nous berce.
Les artistes sont tout aussi responsables de la situation actuelle que les autres, l'art contemporain ayant de toute façon évacué la question du sens de l'œuvre d'art, ne flattant plus que l'aspect spectaculaire et mercantile de ce qui est devenu un « produit » comme un autre, il faut bien l'avouer. Le problème est que l'art est désormais tout entièrement dévoué au système capitaliste, même s'il prétend en faire la critique. Les mécènes ne sont plus des gens éclairés et raffinés, ce sont de banals investisseurs qui exigent des retours sur investissements. D'où la soi-disant bonne santé du marché de l'art... C'est sûr, financièrement l'art représente encore quelque chose, mais il est humainement indigent sous sa forme actuelle.

O : Plus de spiritualité, moins de mercantilisme donc !

PG : Oui, et surtout plus d'humanité, de compassion, et d'engagement personnel. Il faut arrêter de croire que « ils » vont trouver des solutions pour que tout aille mieux, il serait préférable d'agir par soi-même, à son niveau, pour que la donne change, mais cela est sûrement utopique....



 VERNISSAGE VENDREDI 23 MAI A PARTIR DE 19H!







Par OLIPO
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