Samedi 8 mars 2008
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  Une nouvelle exposition de Jean-Paul Charles ce mois ci à l'Atelier.  On connaissait ses tableaux tourmentés mais ses dessins  le sont tout autant!  Interview de l'artiste:


 

 OLIPO : On te croyait attelé à de grandes toiles et tu nous reviens les bras chargés de dessins : changement de cap ?

 

 JEAN-PAUL CHARLES : Non, c’était une étape nécessaire. Il faut faire les choses dans l’ordre, suivre le rythme des saisons. L’hiver est une période assez propice à l’introspection, donc au dessin. J’avais besoin de jeter de l’encre sur du papier et de réfléchir. D’autre part, il se trouve que j’ai perdu quelqu’un de proche récemment, ces encres sont un peu ma façon à moi de faire le deuil, une forme d’exorcisme salutaire si tu veux.

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 O : Tu proposes des dessins récents mais aussi d’autres beaucoup plus anciens qui datent des années 90. Une sorte de rétrospective ?

 

 J-P C : Disons que je voulais montrer la filiation entre mes différents travaux, j’ai donc exhumé certaines Å“uvres qui me semblaient avoir bien tenu le coup avec le temps et je les ai confronté aux nouvelles. Le point commun c’est l’encre, pas le dessin.

 

 O : Quelle nuance fais-tu entre les deux ?

 

 J-P C : Disons que le dessin n’intervient qu’en second lieu. Je ne prépare rien à l’avance,  surtout pas de crayonnés. C’est l’encre qui décide de tout. C’est un matériau qui a sa vie propre, je ne veux surtout pas l’utiliser en coloriage, je la laisse composer à sa guise, je la guide, je l’oriente, mais elle finit toujours par avoir le dernier mot. Le dessin n’est là que pour préciser et donner un certain volume aux images, ce n’est donc pas du dessin pur.

 

 O : On retrouve malgré tout tes thèmes de prédilection, les paysages, le ciel, les formes organiques et la Mort. Tes Å“uvres récentes sont très minérales et très sombres. Les considères-tu comme les esquisses de tes futurs tableaux ?

 

 J-P C : Non, ce sont des images autonomes, qui n’ont d’autres finalités qu’elles-mêmes. Leur tonalité sombre est liée aux aléas de la vie, comme je l’ai dit au début. Mais si la mort est très présente, il y a aussi une vitalité obscure qui pousse par dessous. C’est la germination dans la mort en quelque sorte. J’ajoute que certaines de ces images doivent servir d’illustrations à un recueil de poèmes d'Antoine Brea, un  jeune auteur dont j’ai fait la connaissance il y a quelques mois. Ses textes très épurés parlent aussi de la mort, de l'amour, du temps. Du grand art! J’espère que le projet aboutira, il nous tient à cÅ“ur en tout cas.

 

 O : Tu envisages d’autres collaborations de ce genre ? 

 

 JP C : Je ne sais pas, je ne suis pas un illustrateur patenté ! Avec Antoine, il se trouve qu’on était sur la même longueur d’onde au même moment et finalement notre rencontre ne doit rien au hasard. Comme il dit, c’est une rencontre Deleuzienne !

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 O : Il y a un dessin (pardon, une encre !) qui nous a surpris, c’est le portrait de Nicolas Sarkozy. Que vient-il faire là ? Faut-il y voir un message politique ?

 

 J-P C : Bon, mon « Sarko Â», je l’ai fait parce que je me suis réveillé un matin et je me suis dit : il faut le faire. J’avais cette vision en tête, il fallait que je m’en débarrasse. Ne cherchez pas plus loin politiquement. Dessiner, peindre, écrire, sont des actes politique en soi. Je ne suis pas coupé des réalités du monde et même si je peins une forêt par exemple, c’est un acte politique. Etre artiste est un acte politique. Respirer est un acte politique. Mon « Sarko Â» n’est pas plus politisé que le reste de ma production, j’aimerai qu’on comprenne bien cela.

 

 O : Tu aurais pu choisir Ségolène ?

 

 J-P C : On ne frappe pas les gens à terre.

 

 O : Je vois…

 

 J-P C : En fait, mon « Sarko Â» est anecdotique en soi, j’aimais bien le contraste entre son sourire, son col blanc impeccable et le grouillement pulsionnel du fond, mais j’aurais pu mettre n’importe qui d’autre à la place, puisqu’il faut bien voir qu’ils sont tous interchangeables.

 

 O : Tous pourris donc ?

 

 J-P C : C’est plus subtil que ça, mais le pourrissement est inévitable à la longue…

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 O : Je reviens à tes Å“uvres de jeunesse : le dessin le plus ancien date des année 80 et fait partie d’une série que tu avais appelé « les gerbes graphiques Â», peux-tu nous en parler ?

 

 J-P C : J’avais trouvé le terme assez approprié à ces grands plats de spaghettis.
Là non plus ce n’était pas du dessin, c’était de l’hyper graphisme, sans sujet et sans autre but que d’occuper entièrement l’espace. L’idée c’était ça : faire un dessin comme on fait sa valise, en sautant
dessus à pieds joints  pour qu’elle ferme !

 

 O : Mais tu devais y passer un temps dingue ?!

 

 J-P C : C’est amusant, c’est toujours la même réflexion qu’on me fait au sujet de ces dessins.
J’y passai un certain temps, mais pas un temps infini non plus, pas plus que sur un tableau un peu complexe. Le vrai travail ne se voit pas quand il est bien fait. J’avoue que je voulais impressionner les gens aussi, le côté dingue me plaisait beaucoup !
 
Surtout, je voulais éradiquer le sujet, faire qu’il soit partout et nulle part pour paraphraser Pascal. C’était ambitieux et forcément voué à l’échec !

 

 O : La période suivante est plus colorée, mais le sujet reste absent également. Pourquoi cette haine du sujet ?

 

 J-P C : Oui, ce sont les « reliefs sans fin Â», là aussi la démarche était la même, mais les sujets apparaissaient à la fin, comme le « visage de la guerre Â» par exemple. En fait c’est le fond qui devenait sujet. Depuis je recherche toujours cette unité entre fond et forme, tout en sachant que c’est utopique. C’est une réflexion sur l’espace surtout. J’étouffais à l’époque, cela se ressent, je ne pouvais m’étendre qu’en deux dimensions, à l’infini, la profondeur m’était interdite. Enfin pas interdite, mais inaccessible. Donc le sujet était l’espace, le manque d’espace, la compression.

 

 O : Et maintenant on sent que tes encres respirent mieux, mais elles ont toujours ce côté inquiétant, parfois cruel, souvent grotesque. Tu juges ce monde absurde ?

 

 J-P C : D’une certaine façon, il l’est. Mais si c’était vraiment le cas il n’y aurait qu’à se tirer une balle et arrêter une bonne fois pour toute de se poser des questions ! Ce monde est surtout mystérieux. Il est de ce fait passionnant. Pour lutter contre le désespoir, il faut avoir une certaine dose de curiosité et poser les bonnes questions, c'est-à-dire des questions précises et non des généralités existentielles. Quand j’étais enfant, je me demandais ce qui pouvait bien engendrer le vent. J’avais trouvé une réponse originale : c’était les arbres qui faisaient le vent en agitant leurs branches. Cette solution me convenait mieux que les histoires de pressions atmosphériques et c’était cela le plus important : trouver des réponses personnelles. La vérité est très secondaire.

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 O : Tu crées tes propres mythes en somme ?

 

 J-P C : Oui, mais je n’ai pas le choix, les réponses des autres ne me conviennent presque jamais. Ceci dit et paradoxalement, plus tes histoires sont personnelles, plus elles sont universelles, c’est pourquoi j’adore les mythes de création du monde, chaque civilisation en offre une version originale et tu trouves de la vérité en chacune. Malheureusement, la pensée unique du monothéisme et son hégémonie sont en train de tout niveler. C’est l’infiniment chiant !

 

 O : Tu proposes donc de revenir au paganisme !

 

 J-P C : Non, je propose qu’on en revienne à l’homme, et qu’on l’écoute. Si mes paysages sont désertiques, ce n’est pas pour rien. J’attends toujours que l’homme parle, mais c’est souvent la voix de quelqu’un d’autre que j’entends dans sa bouche…Il y a un phénomène qui n’est pas nouveau mais qui s’accentue, je trouve, avec Internet, c’est celui de l’uniformisation de l’art. Tout le monde copie tout le monde et tout le monde se félicite d’être si bien copié. On n’entend guère de voix nouvelles.

 

 O : Mais est-ce la faute d’Internet ou celle des artistes ?

 

 J-P C : Je ne sais pas. Je me faisais la réflexion l'autre jour que nous sommes 6 milliards d’êtres humains sur la planète et qu'il semblerait logique mathématiquement que le nombre de génies au mètre carré augmente, mais ce n’est visiblement pas le cas. En comparaison, à la Renaissance par exemple, la population mondiale n’excédait pas quelques millions d’individus, très isolés les uns par rapport aux autres, mais ce fut une période fameuse au niveau de la créativité. Je pense donc que la société de l'information n’est pas une clé pour l’épanouissement humain ! En tout cas artistiquement parlant. Ou alors il y a un nombre incroyable de génies méconnus !


 O: Peut-être! Ou bien les formes du génie ont-elles changé? Tu sais, même au cours de la Renaissance, le talent n'était pas immédiatement reconnu... C'est le temps qui finit par faire le tri. L'histoire de l'art a besoin de recul!


 J-P C: Je dois sans doute être trop pressé!

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 Et c'est vrai qu'il est impatient Jean-Paul Charles! Le voilà reparti vers d'autres cieux, d'autres horizons, en infatiguable défricheur d'images qu'il est.
 En attendant son retour, vous pourrez admirer ses encres du 14 au 28 mars.


 Vernissage vendredi 14 mars à partir de 19h.





Par OLIPO
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